La résilience, comment la mobiliser

La résilience, une caractéristique naturelle mobilisable intentionnellement

« Le corps, par les seules lois de sa nature, peut beaucoup de choses dont son esprit reste étonné. En outre, personne ne sait de quelle manière ou par quels moyens l’esprit meut le corps, ni combien de degrés de mouvement il peut lui imprimer, ni avec quelle vitesse il peut le mouvoir. 

D’où suit que les hommes, quand ils disent que telle ou telle action du corps vient de l’esprit qui a un empire sur le corps, ne savent pas ce qu’ils disent et ne font rien d’autre qu’avouer en un langage spécieux qu’ils ignorent la vraie cause d’une action et ne s’en étonnent pas ».

Spinoza

Les contes nous promettent la résilience

Toutes ces histoires et hypothèses relatives à la vie anténatale pourraient expliquer la résilience. Cette notion empruntée aux sciences physiques évoque le mouvement de décompression du sous-marin qui, remontant à la surface, est moins pressurisé par le poids de l’eau et reprend son volume et sa forme originels. Elle a été reprise en psychologie, psychanalyse et psychiatrie pour évoquer cette capacité naturelle conduisant certaines personnes à être heureuses malgré une petite-enfance atroce, malgré des traumatismes officiellement attendus comme générateurs de graves dysfonctionnements de la joie et du bonheur. 

Dans les contes de Russie et de partout, parmi les frères ou les sœurs, l’un souvent est doué de toutes les qualités et en particulier de celle du bonheur, alors même que sa mère est morte en couche, ou qu’elle l’a délaissé, ou qu’il a été maltraité. Selon notre compréhension habituelle du monde, il aurait dû être le plus malheureux et le moins doué des sœurs ou frères…

voir le manuel Accéder au pouvoir du corps,
susciter la résilience émotionnelle

Définition de la résilience

En anglais « rebondissement », résilience est un terme emprunté aux sciences physiques. En mécanique, elle caractérise la capacité d’un matériau ou d’un corps à se remettre d’une contrainte ou d’un choc pour continuer d’assurer sa fonction. On évoque par exemple la résilience d’un avion. Quand il traverse une turbulence, les ailes tremblent et se déforment. C’est très impressionnant. Mais l’avion poursuit sa route. À l’arrivée, aucun dommage n’est perceptible sur les ailes. On pourrait évoquer la résilience de toutes ces femmes qui ont été profondément déformées et meurtries par une grossesse et un accouchement. En quelques semaines, leur corps se remet. Il est à nouveau prêt pour une grossesse. Et le désir d’enfantement renait souvent. 

Souvent, les grossesses et les accouchements suivants sont plus fluides. De même il est courant d’entendre dire que les derniers enfants s’élèvent tout seuls quand les parents se sont donnés beaucoup de mal pour le premier. Tout se passe comme si chez les humains, la résilience rendait plus fort pour la suite, ou comme le souligne Tisseron, « elle est à la fois la capacité de résister à un traumatisme et celle de reconstruire  après »[58]. En réalité, elle est rivée au présent du corps et de l’expérience vécue dans laquelle elle a tour à tour dénoué, libéré, ou au contraire restauré. Cela a lieu et c’est définitif, précisément parce que le corps vit au présent : si c’est résilié maintenant, ça l’est, point.

Le terme résilience a été repris en psychologie, en psychanalyse et a été proposé au grand public au tournant du siècle par le Professeur de psychiatrie Boris Cyrulnik[59], les équipes soignantes et éducatives qui étudient notre capacité à surmonter nos traumatismes. 

Les recherches en psychologie partent souvent d’un point de vue psychanalytique : à la fois économique qui s’intéresse aux liens de cause à effet et au coût, et dynamique, au sens où « elle est ce qui peut toujours arriver, ce que l’on n’attend pas, ce qui nous surprend, ce qui permet d’échapper aux pronostics trop fermés. » Elle y est considérée comme « quelque chose d’exceptionnel » et en même temps comme une contrainte inconsciente » Ces recherches « constituent un courant d’unification et d’interrelation des champs disciplinaires en vue d’expliquer le processus de somatisations à la lumière des dysfonctionnements de l’appareil psychique », là où nous faisons l’hypothèse au contraire qu’elle est non pas contraignante, mais naturelle et contrainte. 

Petite pause de méthode : nous sommes condamnés aux hypothèses

D’expérience, nous savons que notre corps sait guérir nos inconforts physiques ou physiologiques. Il guérit la fatigue par le sommeil, la faim par l’alimentation et la digestion, le besoin d’oxygène par la respiration, les bobos de toutes sortes, les infections, etc. Quand nous avons une plaie, une croute se fait puis tombe. Si nous nous tordons le pied et que nous laissons faire, l’entorse guérit. C’est fini. C’est naturel. Tout se passe au niveau corporel, et d’autant mieux que nous laissons notre mental de côté, hors-jeu : si nous nous mettons à vouloir vérifier la cicatrisation en grattant la croute, à vouloir marcher dès le lendemain de la chute, à vouloir « bien » digérer, ou à vouloir dormir, les choses se compliquent. Autrement dit, face à toutes ces difficultés qu’il résout, notre corps est résilient, à condition qu’on le laisse faire. 

De même, l’expérience nous le montre, notre corps sait aussi guérir nos inconforts émotionnels, les faire disparaître vraiment. Il suffit de le laisser faire. Ce n’est pas une hypothèse, c’est vrai : vous pouvez déjà le vérifier expérimentalement si vous faites l’effort mental pour vous rappeler des situations dont vous savez encore qu’elles vous ont fait souffrir à une époque mais que vous regardez aujourd’hui vraiment sans douleur ou même avec un sourire bienveillant ou attendri. C’est aussi ce que vous allez expérimenter intentionnellement après avoir lu la suite de ce livre. Vous allez vérifier que vous pouvez aider votre collègue à se vraiment libérer vraiment de sa peur de parler en public ou de prendre l’avion, ou vous-même de votre procrastination à remplir vos papiers administratifs, pour prendre deux exemples parmi des milliers d’autres.

Et, comme pour la plupart de nos faims, soifs, fatigues, bobos, douleurs oubliés sans même avoir laissé une cicatrice, notre corps ne garde pas traces des chocs émotionnels, affectifs, psychologiques qu’il a rencontrés. Nous en perdons souvent aussi la mémoire. Car celle-ci est également devenue inutile. Comme pour la croute qui tombe après cicatrisation, le dossier est classé, le contrat d’abonnement résilié. 

Mais à l’époque prénatale et périnatale, nous nous développions à une allure incroyable.  En extrapolant les hypothèses collectées ici et là, chez les praticiens du soin et chez les scientifiques, dans les cultures et les grandes traditions, notre mental ne peut s’empêcher de faire des suppositions. Avons-nous été plus maltraités que d’autres ? Mais alors pourquoi la nature ou Dieu ne nous ont-ils pas doté d’une résilience immédiate et absolue ? Avons-nous été submergés de chocs physiques du fait de notre développement ? Mais alors comment et pourquoi avons-nous survécu ? Avons-nous été perturbés par le développement de notre cerveau, la concomitance d’un cerveau reptilien et d’un cerveau limbique ? Mais pourquoi la nature ou Dieu auraient-ils organisé les choses ainsi ? 

La seule certitude vérifiable est que nous n’avons pas encore tout compris, parce que nous n’avons pas les moyens de tout expérimenter. La bonne nouvelle c’est que voilà une invitation supplémentaire à débrancher notre mental qui ne nous est pour le moment d’aucun secours. Autre certitude : notre mental existe et a besoin d’explication pour se tenir tranquille. Si nous allons dans le sens qui nous semble être celui à la fois des mythes et des recherches scientifiques, nous pouvons oser une hypothèse. 

Ce n’est qu’une hypothèse, c’est-à-dire une idée qui devra être testée et confirmée ou infirmée et qui pourra à tout moment être remise ne cause par de nouvelles proposition. Ainsi la finitude de notre corps humain tel que nous le connaissons n’est pas une hypothèse, c’est une certitude confirmée par la réalité : un jour, nous mourons et notre corps change de nature. La date même très approximative de la fin du monde est encore une hypothèse, comme le fait que la terre est plate ou non, le centre du monde ou non. 

L’hypothèse à tiroirs actuelle

L’hypothèse qui se dégage en l’état actuel des connaissances pourrait être la suivante. Nous ne sommes pas en mesure de savoir précisément ce qui s’est passé dans notre cerveau et dans notre corps au tout début de notre conception. Nous savons que nous avons vécu des chocs, que beaucoup n’en ont pas rechapé, mais que nous avons survécu, et que certains d’entre nous vivent très bien et même très vieux. 

Tout se passe donc comme si, secoués par les chocs liés à notre développement et notre besoin vital de nous adapter au monde puisque nous avions à vivre ou au moins survivre, nous avons été submergés à certains moments par ces certains de ces chocs, trop nombreux ou trop forts, ou trop surprenants, ou pour toute autre raison que nous ne sommes pas en mesure d’évaluer.

Nous n’avons pas tout géré sur le moment et nous avons stocké certains effets de certains chocs, qui se sont enkystés et qui reviennent comme des fantômes en certaines situations. 

Ceci n’est qu’une hypothèse extrapolée des recherches actuelles sur le stress post-traumatique et qui se trouve être assez largement présente quoique de manière dissimulée dans les grands mythes et contes. Elle nous arrange bien. C’est pourquoi nous allons la suivre pour à la fois tranquilliser notre mental et retrouver l’accès à notre résilience innée si bénéfique.  

Une procédure de résilience : nous sommes tous résilients

Mise en forme par de nombreux thérapeutes tout au long des siècles, elle se différencie de toute technique qui chercherait à corriger ou à induire des postures ou des fonctionnements.           Cette procédure conduit dans le corps et le laisse faire. Elle rend la main à notre capacité innée de guérison, à notre pulsion de vie naturelle. Elle est simple précisément parce qu’il n’y a rien à faire d’autre que de laisser notre nature corporelle mobiliser ses compétences innées : dénouer et oublier corporellement les effets des traumatismes anciens. C’est pourquoi moins la procédure est agrémentée d’ingrédients liés à la sphère du mental, plus son déroulement est rapide et plus sûrs sont ses effets.

La guérison n’est pas une mise à distance plus ou moins durable comme nous avons l’habitude de prendre soin de nos inconforts, de les gérer. 

C’est une libération définitive de fonctionnements devenus inutiles et inconfortables. L’unité de l’être corps-cœur-esprit préside à l’imbrication et à l’impact réciproques de la santé physique et de la santé mentale. Elle établit la fluidité entre : les fonctions mentales, c’est-à-dire les fonctions cognitives qui permettent de penser la réalité et les fonctions émotionnelles qui président à nos échanges avec le monde ; mais aussi les fonctions physiques et physiologiques. Par suite, cette unité agit sur les fonctions et les relations sociales. 

La procédure améliore la santé émotionnelle qui est son point d’accroche. Par synergie, elle favorise des évolutions positives et souvent incroyables dans tous les domaines de notre vie qui sont libérés de nos camisoles et cuirasses émotionnelles. En résiliant les traces traumatiques de notre passé, nous cheminons vers notre nature première, celle d’être libre, bonne/bon et belle/beau.

Quitter la galaxie du mental et de l’émotionnel pour se rendre dans la galaxie du corps équivaut à ouvrir l’accès à notre résilience

La procédure proposée ici permet de mobiliser volontairement nos capacités physiques/mécaniques/corporelles à nous remettre d’une contrainte ou d’un choc. Elle donne accès à notre résilience. Elle permet ainsi de continuer de vivre plutôt que d’aménager des modes de survie, c’est-à-dire de recouvrer la santé.

Autrement dit, en résiliant les traces du passé traumatique, l’utilisation intentionnelle de la procédure mobilise notre capacité de rebondissement, notre résilience. Les effets de cette dernière permettront de mieux traverser les difficultés à venir. 

La procédure permet de se libérer d’inconforts d’ordre émotionnel qui peuvent paraître irrationnels, comme on résilie un abonnement devenu caduque. Après l’avoir utilisée, les émotions ne reviennent pas. Elle a donné accès à notre capacité innée de guérison. Elle a rendu la main à notre pulsion de vie. 

L’acte de résiliation passe par la capacité de résilience et aboutit au constat d’une guérison qui semble reçue, donnée. Au niveau de notre corps, la capacité et l’acte se confondent pour rendre des degrés de vie-vraie. Par la résiliation de nos abonnements aux émotions qui nous ligotent, nous désempilons/désimbricons les couches de ce nous appelons nos traumatismes passés. De la sorte nous retrouvons la capacité d’assumer les prochains à-coups que la réalité va inévitablement nous servir : nous sommes résilients. La vie reprend d’elle-même son déploiement.

C’est pourquoi les grandes traditions présentent des dieux qui s’incarnent, des dieux dont notre humanité est l’image. Dans la Bible par exemple, les textes disent aux hommes qu’ils sont d’essence divine, faits pour Vivre, libres et joyeux, pour déployer leur créativité qui sera créatrice, dès aujourd’hui. Ils parlent de re-susciter la vie immédiatement, par l’exercice a priori contre nature et fort décevant consistant à lâcher prise comme on dit et laisser faire. 

Une explication de la résilience

Ici se présente une procédure, Sésame. Elle sert à résilier volontairement les inconforts d’ordre émotionnels : les émotions désagréables, les comportements inadaptés, les symptômes gênants.  

Si, quand je suis en situation d’inconfort d’ordre émotionnel, je mets en œuvre Sésame : 

– En me mettant à observer ce qui se passe dans mon corps, je prends acte de ma réalité vivante, c’est-à-dire que je suis recentrée sur le présent en train d’advenir. 

Cela apaise immédiatement mon ébullition émotionnelle, car il n’y a plus d’écran entre la réalité et moi (im-médiat = sans intermédiaire). 

Et l’imagerie cérébrale confirme par la géographie du cerveau l’impossibilité  physique d’être à la fois dans l’émotion et dans ce qui se passe dans le corps.

-En fermant les yeux, je m’immerge dans ma réalité présente.

Je ne la vois plus comme dans le focus d’une caméra. Je ne suis plus en mesure de la juger puisque je suis dedans. Ainsi, mon mental est mis hors-jeu. 

Paradoxalement, cela me donne l’impression d’une prise de recul par rapport à mon habitude de gestionnaire affairé.

– En identifiant les sensations physiques, en les localisant dans mon corps ici et maintenant, je m’immerge et m’ancre dans ma réalité corporelle, c’est-à-dire dans mon existence du moment. 

Comme le sous-marin ne peut pas être à la fois dans l’eau et hors de l’eau, je ne peux pas être à la fois dans mon corps ici et maintenant et dans le mental. 

Pas question d’analyse ou de contrôle, seulement de l’expérience, du constat : le mental est débranché. 

– En laissant évoluer mes sensations sans agir sur leur processus d’évolution, en les laissant se transformer d’elles-mêmes, je renonce à la toute puissance mortifère de mon mental : mortifère parce que mensongère, si j’étais toute puissante je ne serai pas mortelle. 

Et je passe la main à mon corps et ses capacités naturelles de faire au mieux au présent dans le sens de la vie. 

Autrement dit, je retrouve ma résilience.

alors mon corps par son processus inné de résilience : 

– Expérimente que les sensations originaires, qui m’avaient signifié un risque de mort imminente, et qui avaient déclenché en moi un système d’alarme amélioré d’un système de gestion, ne sont plus signifiantes du même risque aujourd’hui. 

– Par conséquent débranche l’alarme qu’il avait installée sur le faisceau de sensations qui étaient apparues au moment du danger mortel. 

– Désactive ainsi l’émotion mise en place autrefois pour gérer le caractère terrorisant des sensations potentiellement dangereuses, et l’interprétation mensongère de la réalité élaborée à partir de cette émotion. 

– Se débarrasse physiquement de la trace de cette alarme, comme il le fait pour tout ce qui ne lui est pas utile. (Il n’y a plus trace de l’émotion, ni dans ce que nous appelons le corps – nos sensations, ni dans ce que nous appelons la tête mais qui est bien corporel – notre cerveau, nos neurones, donc notre mémoire). 

Autrement dit Sésame, procédure de résiliation émotionnelle, permet au corps de constater l’inutilité actuelle de son abonnement à l’émotion et donc de résilier cet abonnement. 

            ainsi je retrouve un peu plus ma forme et mes capacités originelles, 

mon incarnation bénie (belle, bonne, heureuse).

La résiliation se différencie de la résilience comme la digestion se différencie de la métabolisation, la respiration de l’oxygénation, ou la formation de la croute de la cicatrisation. 

La résilience est donnée. 

Associée au verbe actif résilier, la résiliation émotionnelle est un acte comme la digestion, la respiration ou la cicatrisation. Cet acte de résiliation peut résulter d’une décision involontaire et inconsciente comme cela semble être le cas chez les personnes dites résilientes, et certainement dans de nombreux cas pour les autres. 

La bonne nouvelle réside dans le constat que cet acte peut aussi résulter d’une décision consciente et volontaire. 

Mieux encore, cet acte de résiliation émotionnelle peut m’être sensoriellement proposé par une autre personne qui désire pour moi du « vivre plus ». 

Encore mieux : puisqu’elle peut être mobilisée de manière inconsciente et involontaire, la résiliation émotionnelle est une capacité universelle au même titre que la digestion, la respiration ou la cicatrisation. Elle est donc accessible à tous, petits ou chauves, maigres ou jeunes, blonds ou grands, quels que soient leur état de santé physiologique, physique, cognitive, psychique, mentale, spirituelle. 

La promesse de la résiliation émotionnelle passe aussi par cette résiliation de toute étiquette, de toute catégorisation des humains. Elle procède ainsi à l’unité de l’humanité, et par suite à plus d’humanité. C’est ce que nous montre l’expérience. 

C’est pourquoi sa seconde partie vous propose d’apprendre à aider les autres à mobiliser leur résilience quand un inconfort d’ordre émotionnel vient les gêner.